« 2 mai 1843 » [source : BnF, Mss, NAF 16352, f. 87-88], transcr. Olivia Paploray, rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.10361, page consultée le 24 janvier 2026.
2 mai [1843], mardi matin, 11 h. ½
Bonjour mon Toto bien-aimé, bonjour mon cher amour adoré, comment vas-tu ce matin ?
Es-tu moins fatigué qu’hier, mon cher petit homme ? J’ai rêvé de toi toute la nuit
et
j’ai rêvé aussi de chiens ce qui est signe de fidélité,
dit-on. Pour ce qui me regarde, le rêve ne ment pas mais pour vous, je n’en mettrais
pas ma main au feu de peur des ampoules ? Taisez-vous, scélérat, je n’ai pas de
confiance en vous.
Voilà ma pauvre péronnelle partie avec le cœur bien gros de la
pensée de ne plus trouver à son retour l’excellente Mlle Hureau. Je comprends et je
partage son chagrin à la pauvre enfant, car c’est une perte véritable pour elle et
pour moi. Enfin, à la grâce de Dieu, il ne faut pas désespérer de lui surtout dans
le
moment où il est en train d’améliorer et de changer en qualités les défauts de cette
pauvre enfant. J’ai été très contente d’elle ces jours-ci. Il est impossible d’être
meilleure et d’être plus désireuse de me plaire en tout ce que je désire. Je crois
que
la raison et le courage prévaudront sur les défauts et la nonchalance de l’enfance
et
peut-être que, pour être venus tard, ils n’en donneront que de plus beaux fruits.
En attendant, mon Toto, je prie le bon Dieu pour elle et pour toi et je t’aime
de toute mon âme. Pense à moi, mon cher bien-aimé, et tâche de venir bien vite me
voir. Cela me rendra heureuse pour toute la journée. Je n’ose pas te demander à aller
aux Burgraves ce soir. Je crains de t’ennuyer et de
t’obsédera. Je renfonce
mon envie au fin fond de mon cœur.
Juliette
a « de te t’obséder ».
« 2 mai 1843 » [source : BnF, Mss, NAF 16352, f. 89-90], transcr. Olivia Paploray, rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.10361, page consultée le 24 janvier 2026.
2 mai [1843], mardi soir, 8 h. ½
Je te remercie mon Toto chéri de m’avoir fait violence pour sortir car cela m’a fait
beaucoup de bien à la tête et beaucoup de bonheur dans le cœur. Je te remercie encore
pour l’espèce d’espoir de voyage que tu me donnes en m’envoyant chercher un passeport
demain. Mais je suis si profondément découragée que je n’ajouterai foi à ce bonheur
désiré depuis si longtemps que lorsque nous serons en route. Jusque là, c’est un
espoir plutôt agaçant que consolant, parce que je m’en suis trop servie pendant plus
de deux ans.
On vient de venir apporter ton papier et toutes tes provisions. Il y
en a pour 9 f. 98 sous, c’est-à-dire dix francs, le gamin
n’ayant pas deux sous à me rendre. C’est une fameuse économie que nous faisons là,
mon
Toto. Je regrette même que nous ayons tant tardé à la faire. Je vous défends cher
pôlisson de vous moquer de moi comme vous le faites car ça n’est rien moins que
respectueux pour mes cheveux blancs. La première fois que cela vous arrivera encore
vous aurez affaire à moi, entendez-vous ? En attendant, on vous prépare votre festin
de Balthazar ; tâchez de ne pas trop le laisser
dessécher et rancir au coin du feu. Je vous adore.
Juliette
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Juliette Drouet.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Victor Hugo.
les répétitions et la création des Burgraves à la Comédie-Française sont compliquées par un procès et une cabale. Au retour de leur voyage en Espagne et dans les Pyrénées, ils apprennent la mort par noyade de Léopoldine, fille aînée de Hugo.
- Janvier-févrierRépétitions des Burgraves. Le rôle de Guanhumara ayant été retiré à Mlle Maxime, on cherche à la remplacer. Après Mlle Fitz-James, c’est Mme Mélingue qui est finalement choisie.
- 14 et 15 févrierMariage de Léopoldine Hugo et Charles Vacquerie.
- 7 marsPremière des Burgraves à la Comédie-Française.
- PrintempsHugo fait la connaissance au printemps de la femme de lettres Léonie d’Aunet, épouse Biard, et débute avec elle une liaison au printemps, ou à l’automne, ou en mai 1844, qui ne sera révélée à Juliette Drouet qu’en 1851.
- 18 juillet-12 septembreVoyage en Espagne et dans les Pyrénées, interrompu par la nouvelle de la mort de Léopoldine Hugo, noyée dans la Seine, à Caudebec, près de Villequier, avec son mari Charles Vacquerie, le 4 septembre. Hugo l’apprend le 9, en lisant le journal, à Rochefort. Léopoldine a été enterrée le 6 septembre, à Villequier. Retour précipité à Paris.
